IN SITU KINETIC PHOTOGRAPHY : UNE APPROCHE DE LA POSE LONGUE EN PHOTOGRAPHIE

In situ kinetic photography, longue pose en photographie
Matière © Éric Petr, 2018 | Nikon F3, Film Ilford FP4

Qu’est-ce que « In situ kinetic photography », « Photographie cinétique in situ »  ou « ISK photo » ?
Il s’agit d’un concept que j’ai élaboré au début des années 2000 pour exprimer une intention.

Une intention ou, plus précisément, celle de développer un travail qui explore l’enregistrement de la lumière, comme matière photographique, où les repères de temps et d’espace s’en trouvent profondément modifiés.

Dans cette approche, l’idée était de travailler :

・sur une seule exposition sans post-traitement et sans multi-exposition pour être au plus proche d’une expérience subjective enregistrée,
・d’utiliser des temps de pose relativement longs et selon la composition, de quelques secondes à plusieurs minutes, pour permettre une condensation des émotions, de la lumière et de la matière,
・de déplacer l’appareil volontairement pendant l’enregistrement de l’image, afin de recontextualiser la scène selon un autre ordre, celui d’une expérience esthétique et intérieure,
・de modifier si besoin est les paramètres de réglages de distance ou d’ouverture pendant l’enregistrement, pour parvenir à ouvrir le champ des possibles lors de cette expérience,
・et de construire l’image sur place « in situ » pour que cette rencontre entre l’observateur (le photographe) et le lieu, avec ce qu’il en émane, ne soit pas troublée par d’autres facteurs exogènes à la scène et à l’expérience.

L’intention n’est donc plus simplement de montrer le mouvement comme dans le principe de la pose longue classique, « je bouge l’appareil pour créer du flou », mais plutôt de composer une image comme une condensation temporelle d’un lieu.
Je pourrai même comparer cela à une sorte de « micro-film enregistré sur une seule image » ou à une forme d’ « échographie d’un lieu ». 

Par ce processus, je cherche à interroger l’écart produit entre :

・l’observation d’une scène « in situ » avec pour instrument de mesure un appareil photographique,
・et l’enregistrement de cette scène obtenu par l’observateur (le photographe) qui prend pour référentiels, son ressenti au moment précis de la prise des vues ainsi que les éléments extérieurs, tels que la lumière, la matière et l’énergie du lieu.

Cet écart rend compte d’une introspection produite par une réflexion inconsciente menée par l’observateur (le photographe), et en écho aux éléments qui l’entourent. L’enregistrement dévoilera une image montrant le regard intérieur d’une scène vécue de l’extérieur.

In situ kinetic photography, longue pose en photographie
Spirituelles Odyssées © Éric Petr, 2025

Quel est le référent du concept « In situ kinetic photography » ?

Ce concept s’appuie sur le principe de la pose longue et bien que j’y aie porté toute ma réflexion en tant que photographe plasticien, la pose longue est un sujet sur lequel beaucoup d’autres artistes et photographes ont aussi travaillé.

Parmi eux, je citerai de manière non exhaustive les plus connus, tels que Gustave Le Gray (1820–1884) peintre et photographe, Alfred Stieglitz (1864–1946), Man Ray (1890–1976) photographe expérimentateur, László Moholy-Nagy (1895–1946), Josef Sudek (1896–1976), Brassaï (1899–1984), Ernst Haas (1921–1986), Barbara Kasten (1936), Michael Wesely (1945), Eric Staller (1947), Hiroshi Sugimoto (1948), Abelardo Morell (1948), Uta Barth (1956), Mitch Dobrowner (1956), Michael Kenna (1957), Francesca Woodman (1958–1981), Tokihiro Sato (1957) ou encore mes contemporains Adam Fuss (1961), Alexey Titarenko (1962), Thierry Cohen (1963) ou encore Rut Blees Luxemburg (1967).

Ce qui est intéressant à voir ici, c’est qu’au-delà de la pose longue, chaque artiste s’est approprié cette technique de prise de vue pour créer des univers très différents.
Pour autant, en écrivant cet article et en revisitant le travail de chacun, je vois qu’il se détache de ces poses longues un véritable langage visuel durable, et non un simple effet, que je pourrais dresser comme une sorte de cartographie des différents courants ou esthétiques créés.

1. Les pionniers du temps photographique

Révéler
La pose longue conçue comme une nécessité technique car la photographie en ce temps l’exigeait. Elle devient une écriture visuelle identifiable dans sa chronologie.

Gustave Le Gray (1820–1884)
Alfred Stieglitz (1864–1946)
Brassaï (1899–1984)

Ici, le temps long naît d’abord d’une contrainte matérielle puis devient un vocabulaire.
Le Gray comprend très tôt que l’exposition n’est pas seulement un enregistrement mais une construction du visible.
Stieglitz transforme l’atmosphère et la météorologie en matière expressive.
Brassaï révèle la ville comme théâtre nocturne.

2. Les expérimentateurs de la lumière

Expérimenter
La pose longue imaginée comme laboratoire du médium avec toutes ses expérimentations aux différents axes possibles.

Man Ray (1890–1976)
László Moholy-Nagy (1895–1946)
Barbara Kasten (1936)
Adam Fuss (1961)
Eric Staller (1947)

Ici, on ne photographie plus seulement le monde : on photographie les conditions mêmes de la vision. La durée devient une expérience lumineuse.

3. Les contemplatifs du paysage et du temps étendu

Contempler
La pose longue comme une condensation temporelle du réel.

Josef Sudek (1896–1976)
Hiroshi Sugimoto (1948)
Michael Kenna (1957)
Mitch Dobrowner (1956)

Le sujet devient moins le lieu que la durée du lieu.
Sugimoto pousse cela jusqu’à une quasi-métaphysique du temps.
Kenna transforme le paysage en mémoire silencieuse.

4. Les architectes du temps accumulé

Accumuler
La photographie comme une addition temporelle.

Michael Wesely (1945)
Abelardo Morell (1948)
Thierry Cohen (1963)

Ici, l’image n’est plus un instant mais une construction temporelle.
Chez Wesely, le temps est presque un matériau de chantier.
Chez Morell, le lieu et sa projection fusionnent.
Chez Cohen, plusieurs temporalités se rencontrent.

In situ kinetic photography, longue pose en photographie
Hikari © Éric Petr, 2025

5. Les photographes de la présence absente

Transformer
La pose longue comme trace humaine.

Francesca Woodman (1958–1981)
Alexey Titarenko (1962)
Rut Blees Luxemburg (1967)

Le temps n’efface pas : il transforme la présence.
Woodman travaille sur la disparition du corps.
Titarenko se concentre sur la dissolution sociale.
Rut Blees Luxemburg interroge la mémoire urbaine.

6. Les phénoménologues du geste et de l’espace

Émouvoir
La pose longue comme expérience vécue du regard.

Ernst Haas (1921–1986)
Tokihiro Sato (1957)
Uta Barth (1956)

Ici on n’enregistre plus seulement ce qui est vu : on photographie l’acte de voir.
Le temps devient perception.

Où se place le concept « In situ kinetic photography » ?

Je n’ai pas énuméré ces tendances esthétiques pour mettre des artistes dans des cases, les fuyant moi-même !

Mais cela permet néanmoins d’approcher de façon méthodique, comment à travers l’histoire de la photographie, la pose longue, au départ contrainte, est devenue une intention esthétique en elle-même.

Pour ma part, si je devais me définir parmi ces tendances, j’aurais bien du mal. Tout d’abord parce qu’il est toujours difficile d’apporter un jugement sur soi-même et aussi parce que je ne me retrouve dans aucun des six chapitres énoncés.

In situ kinetic photography, longue pose en photographie
Spirituelles Odyssées © Éric Petr, 2025 | Nikon F3, Film Kodak Color Plus 200

C’est peut-être pour cela que j’ai éprouvé le besoin de nommer ce territoire d’exploration visuelle plutôt que de m’inscrire dans un courant existant, comme celui de la « pose longue avec intention » qui fut nommé bien plus tard, à la fin des années 2010, « ICM Intentional Camera Movement ».

L’IMAGE EN MOUVEMENT OU LA PHOTOGRAPHIE ET L’AIKIDŌ

Hong Kong by night, février 2005 © Éric Petr

Mon cheminement, dans ma réflexion sur l’image en mouvement

J’ai pratiqué la photographie argentique avec passion, entre 1983 et 1993. Je développais mes films et je tirais mes photographies dans un laboratoire photo de l’Aéroport de Paris qui m’était prêté.
Puis j’ai arrêté subitement la photographie. Je considérais sans doute à ce moment précis de son histoire qu’un séisme s’était produit, et que je n’y avais plus ma place. Le monde du numérique émergeait.

C’est alors que s’enchaînèrent pour moi les années sans prendre une seule photographie et sans toucher à un appareil photographique au cours de la décennie qui s’ensuivit.
Quand je regarde mes albums photo, c’est un trou béant d’une décennie de souvenirs qui ne se sont pas imprimés, et pour certains disparus au fin fond de mon inconscient.
La première leçon reçue de cette privation de l’image est que la photographie, le dessin ou le carnet de voyage, au-delà de ce qu’ils peuvent produire de beau, sont tout d’abord un outil indispensable et nécessaire à la mémoire.

Mais un recul s’imposa à mon rapport obsessionnel et maladif de l’appareil photographique, et ces dix années d’interruption m’ont permis de prendre conscience de cela et de placer une distance nécessaire pour réfléchir librement et sans contraintes au pouvoir de l’image, son rôle, sa puissance et surtout, de quelle manière l’image photographique pouvait toucher à l’immatérialité, la métaphysique et exprimer des émotions indicibles de l’ordre du spirituel ou de l’invisible.

C’est ainsi que cette décennie de gestation, qu’une pratique intense d’un Aikidō sans concession accompagna, a changé mon regard sur le monde, ou plutôt, lui a apporté une acuité qui jusqu’alors avait rencontré quelques difficultés à s’exprimer clairement en moi.

Il est aussi indéniable que l’Aikidō, dans sa pratique pure, son approche traditionnelle, son entraînement intensif et sa méditation régulière, permet d’accéder à un champ plus large de la connaissance spirituelle et de notre rapport à l’univers.
C’est ce en quoi, l’Aikidō m’a beaucoup aidé et continue à m’apporter cette profondeur dans la conception de ma photographie.

Je ne saurais qu’être très reconnaissant envers Armand Mamy-Rahaga et Michel Kovaleff qui, par leur pratique d’un art martial juste et intransigeant, m’ont aidé à trouver un chemin dans ma réflexion, et reprendre mon travail photographique avec cette force que nous donne l’Aiki.

Koh Chang 2002 © Éric Petr
Douzième pose d’un tout premier film photo réalisé après dix ans d’arrêt complet de la pratique photographique.

C’est donc en décembre 2002 que j’ai repris la photographie après ces dix années d’interruption, là où je l’avais arrêtée en 1993, mais avec une cohérence plus structurée que celle que mon travail des années 80 avait su produire.

La rencontre se fit par la contingence d’éléments heureux avec un Pocket Instamatic Kodak jetable de 12 poses, qu’un périple en Thaïlande vers le Cambodge avait initié. 
Ce fut douze grands moments d’émotion !
Seulement douze photos prises au cours d’un voyage au bout du monde, c’est juste retenir son souffle jusqu’à la fin.
Lors de ce voyage-là, j’appris à prendre le temps, à chercher dans mon inconscient le souffle déclencheur du déclic photographique, la jouissance du déclenchement.
Je compris alors que la photographie est, avant tout, l’écoute de notre univers.

Les premiers travaux photographiques que j’ai réalisés à partir de 2003 (Tōkyō under the rain_2oo3, Bangkok_2oo4, TrAveRséE2nUiT_2oo4, Windows_2oo5, et d’autres), constituent les bases et les fondements d’un savoir acquis au cours de cette décennie d’interruption de la pratique photographique.

Les trois images de 2005 que je vous présente aujourd’hui, sont très représentatives de mon style. Ma photographie compose à la fois avec la lumière comme premier constituant de l’œuvre mais se distingue aussi par sa capacité à capter les détails les plus subtils d’une scène ou d’un lieu pour transformer les objets visibles et à en magnifier leur perception secrète. À travers ce regard, chaque image devient une sorte de poème visuel, où l’invisible prend forme, et où le spectateur est invité à découvrir un monde qui lui est propre tout en restant connecté à l’expérience humaine universelle.

Ces images extraites de ma série Hong Kong by night, de février 2005, tentent de reproduire l’atmosphère ineffable des villes d’Asie en apportant, et ce qui fera ma signature de photographe, cet aspect de matière lumineuse dense et poétique, cette ambiance onirique et cette sensation d’intemporel.
Bien que ces images aient été prises il y a vingt ans, leur force nous fait oublier justement la faible qualité de l’appareil photographique numérique utilisé à l’époque, ce qui demeure une prouesse.

Hong Kong by night, février 2005 © Éric Petr

Mon travail photographique se poursuivra sans discontinuer dans le cadre de cette réflexion sur la lumière, le mouvement, l’espace et le temps.
J’ai nommé ce processus photographique, pour le définir : « la photographie cinétique in situ » ou « in situ kinetic photography ».

Ce travail se poursuit aujourd’hui avec mes Variations de Lumière mais encore, et toujours, avec 光 (Hikari), Métamorphoses ou mes Spirituelles Odyssées qui ont donné naissance à la publication d’un livre numéroté et signé en 2016, chez Corridor Éléphant, Éditeur de photographies contemporaines.

Ce travail sur la lumière et le mouvement, que j’ai commencé à diffuser sur les réseaux sociaux à partir de 2010, demeurait jusqu’alors très méconnu de la pratique des photographes et du public. Mes très nombreuses publications ont alors donné place, petit à petit, à un courant photographique que d’autres photographes, à leur tour, ont repris et développé de leur côté, puis nommé dans les années 2015 « Intentional Camera Movement ».

Je suis heureux de faire partie des tous premiers investigateurs de ce mouvement photographique, et pour n’en citer que quelques-uns qui m’ont précédé, Kōtarō Tanaka (1905-1995), Ernst Haas (1921-1986), et aussi mon contemporain Alexey Titarenko (né en 1962), ayant pour sa part spécifiquement travaillé sur les foules en mouvement.

Je m’inscris personnellement comme photographe ayant concentré tout mon travail et mes efforts au cours de ma vie dans cette principale réflexion de l’image en mouvement, en créant un style tout à fait unique.

Hong Kong by night, février 2005 © Éric Petr

PHOTOGRAPHIE CINÉTIQUE INSITU PAR MARIA HÉMÉRÉ

Spirituelle Odysées 0x80532E01 ©️ Éric Petr
Photographie 2020, très longue exposition in situ avec différents angles de prise de vue #insitukineticphotography

「 Éric PETR, né dans les années 60, a travaillé dans les années 80, puis au début des années 2000, sur l’image mise en mouvement dans une intention artistique à l’aide d’un appareil photographique.

Cette technique fut nommée plusieurs années plus tard « Intentional Camera Movement », reprise par les hashtags #icm ou #icmphotography et est aujourd’hui largement reprise par de nombreux jeunes photographes talentueux.

Suivant la dynamique de quelques photographes et plasticiens qui l’ont précédé, tels que Kōtarō Tanaka (1905-1995), Ernst Haas (1921-1986) et Alexey Titarenko (né en 1962) de sa génération, et quelques autres expérimentaux, PETR expérimente à son tour cette voie artistique, principalement entre 2003 et 2015. Contrairement à ses pairs, il en a fait le cœur de son travail photographique.

Depuis une dizaine d’années, PETR a créé un mouvement et une technique qui lui permettent de servir son intention et son travail de recherche sur la lumière. Cette technique, qu’il nomme [Insitu Kinetic Photography], est la base de son travail, et lui a permis de mettre en place de nombreux travaux qu’il a expérimentés, notamment dans la photographie abstraite ou la photographie d’abstraction subjective.

PETR a débuté sa carrière de photographe professionnel en 2013 après 20 ans de recherche photographique. Après avoir attiré l’attention de certains acteurs de l’art contemporain, entre 2011 et 2014 où il a assemblé une synthèse de son travail sur la lumière dans son Blog et Instagram, il a commencé en 2016 à être révélé dans certains magazines prestigieux, comme L’OEIL DE LA PHOTOGRAPHIE, à être exposé au SALON DES RÉALITÉS NOUVELLES et à être publié aux Éditions CORRIDOR ÉLÉPHANT avec sa première monographie  » SPIRITUELLES ODYSSÉES « .
Depuis, PETR enchaîne les publications et les expositions à Paris, et dans le monde. 」

Maria Héméré, critique d’art

DE L’ « ICM » VERS LA « IN SITU KINETIC PHOTOGRAPHY »

Bangkok 2oo4 © Éric Petr [Intentional Camera Movement]

« in situ kinetic photography »
premier principe d’un manifeste

J’ai démarré la pratique de la photographie en 1983, et pendant dix années, j’avais cette idée de développer une recherche et une esthétique basées sur la lumière pure, et l’impact que la lumière peut avoir sur notre esprit, notre pensée, et notre perception de l’univers. 

J’ai repris ces travaux en 2003, après une rupture de la photographie entre 1993 et 2003.
Néanmoins, ma réflexion sur l’image a nourri cette période d’inactivité, qui s’est avérée très riche et très constructive pour mon travail photographique, par la suite.

Dix ans plus tard, en 2003 donc, après avoir longuement pensé à l’image, son rôle, et son pouvoir, j’ai poursuivi mon travail photographique sur la lumière, en tant que plastique ou matière, avec un regard nouveau.

« Bangkok 2oo4 » et d’autres ouvrages de cette même période, montrent un travail qui s’est inspiré de ce temps de réflexion, d’introspection et de maturation.

Cette photographie qui, en cette nouvelle ère de l’image numérique, n’était pas encore précisément nommée, le fut une décennie plus tard, sous le nom de ICM (Intentional Camera Movement).

光 0x1853AC © Éric Petr, 2020 [in situ kinetic photography]

Au XXe siècle, quelques photographes ont consacré une partie de leurs œuvres à cet aspect technique de la photographie en mouvement, tels que, pour n’en citer que quelques uns, Kōtarō Tanaka (1905-1995), Ernst Haas (1921-1986), et Alexey Titarenko (né en 1962), ayant pour sa part spécifiquement travaillé sur les foules en mouvement.

Au début des années 2000, mon travail sur l’image en mouvement, avec l’idée de peindre avec la lumière sur mon film ou mon capteur, est d’une approche très contemporaine, et demeure en marge. Il fut aussi acquis grâce à la pratique d’un Aikidō traditionnel et exigeant, qui enseigne la fluidité des éléments, la connexion avec le cosmos et la compréhension du mouvement et du corps dans l’espace.

Mon travail, dont le principe repose sur le mouvement intentionnel, a aujourd’hui évolué en apportant à l’ICM un champ plus étendu, que j’appelle la « in situ kinetic photography », ou en français, « photographie cinétique in situ ».
La « in situ kinetic photography » apporte au « mouvement intentionnel de caméra » un champ plus large et tient compte de différents axes et plans, in situ, pour une même exposition qui oscille de quelques secondes à quelques minutes.

La « in situ kinetic photography » s’apparente à l’échographie d’un lieu qui se réalise comme un micro-métrage, mais qui s’enregistre sur une seule image. Il ne s’agit donc ni d’expositions multiples, ni d’un travail en post-traitement. Sa photographie s’inscrit dans le domaine de l’abstraction, ou de l’abstraction subjective. Son écriture se fait avec la lumière et les photons en constituent son alphabet. Son langage est cosmique, son style onirique et son esthétique plasticienne.

Cette photographie s’apparente à la peinture dans le sens où elle se construit sur place en composant les éléments qui s’ajoutent à l’image. Le pinceau ou le crayon est le rayon lumineux qui contient la matière et l’énergie des ondes électromagnétiques, tandis que la toile ou le papier est la pellicule argentique ou le capteur de l’appareil photo. Contrairement au peintre ou au calligraphe, ce n’est pas le pinceau qui se déplace, mais le support, c’est-à-dire l’appareil photographique. C’est aussi, en ce sens, que l’intention de la « in situ kinetic photography » n’est en rien celle du « light painting », même si l’on peut observer certains points communs.

Pour cette photographie, composée in situ, des éléments très dispersés sur le lieu sont choisis avec soin pour composer un tableau photographique. Après une analyse des temps permettant l’ajout des éléments à photographier, le photographe devra déterminer précisément la vitesse de l’obturateur, l’ouverture de la focale, et la sensibilité du film, en fonction des éventuels filtres ajoutés.

Pour la « in situ kinetic photography », l’intention n’est plus le mouvement, comme dans le « mouvement intentionnel de caméra », mais celle de construire une image abstraite avec une densité plastique qui suggérera la superposition des états quantiques d’un point géographique que la lumière traverse au cours de son odyssée infinie.

Éric Petr | 0xB09FE203
Le combat des Amazones | Métamorphoses 0xB09FE203 © Éric Petr, 2019 [in situ kinetic photography]
Éric Petr | 0x480DF803
光 0x480DF803 © Éric Petr, 2014 [in situ kinetic photography]
Éric Petr | 0x7077 Variations de Lumière opus 0 (Nikon F3) Le Lavandou Années 80
Variations de Lumière opus 0, Le Lavandou 1980’s © Éric Petr | Nikon F3, film Kodak
Variations de Lumière opus 5 [Triptyk 2021] 65x300cm © Éric Petr [in situ kinetic photography]

UN CURSUS AU LONG TERME… 

Le Lavandou 1980’s © Éric Petr | Nikon F3, film Kodak

Ces photographies, sont témoins de ma période très créative, des années 80.
Réalisées avec un Nikon F3, monté d’un objectif Nikkor 50mm f1.4 ou 105mm f2.5, avec un film Kodak, elles représentent, dans l’ordre successif : la plage du Lavandou, l’escalier de secours extérieur du Centre Georges Pompidou à Paris, et une vitre cassée de l’ancienne friche des Halles de la Villette à Paris.

La première photographie argentique est précurseur des travaux que je poursuis encore aujourd’hui.
Prise de nuit, sur la plage du Lavandou, avec un temps de pose d’environ 15 minutes, avec une prise de vues à 720°, elle restitue l’atmosphère électromagnétique d’un lieu de vacances et de fête, de sa plage, des reflets noirs de la mer et du roulis des vagues, des lumières des bateaux, des étoiles, de la lune, des phares côtiers et des bars encore à peine éclairés.

UN CURSUS AU LONG TERME… « qui va doucement, va sainement » !

J’ai pratiqué la photographie en 1983, pendant dix années avec passion, avec cette idée de développer une recherche et une esthétique basées sur la lumière « pure », et l’impact qu’elle peut avoir sur notre esprit, notre pensée, ou notre perception de l’univers. 

Les recherches que j’avais commencées à ce sujet, ont été stoppées en 1993 par le bouleversement qu’a provoqué  l’arrivée du numérique dans le monde de la photographie.

Ce n’est que 10 ans plus tard, en 2003, après avoir longuement réfléchi à l’image, son rôle, et son pouvoir, que j’ai repris cette réflexion et ce travail, en l’exploitant à partir de deux médiums : la photographie numérique et argentique.

En 2013, j’ai opté pour la création d’une entreprise pour développer ces travaux sur le long terme et explorer les principes de la photographie cinétique in situ « in situ kinetic photography ».

Aujourd’hui, j’expose et montre mon travail à Paris, en Europe et à l’international.

Vous êtes intéressé(e) pour suivre mon activité, découvrir mes nouvelles créations, et recevoir mes invitation à mes vernissages ?
Vous pouvez vous inscrivez à ce lien : https://www.ericpetr.net/contact/

La friche des Halles de la Villette Paris 1980’s © Éric Petr | Nikon F3, film Kodak

LA PHOTOGRAPHIE MOUVEMENT OU LES SUITES NOCTURNES DE ÉRIC PETR

zzb 0x88CBCF03 | Éric Petr

La photographie mouvement
ou les Suites nocturnes d’Eric Petr
par Jean-Paul Gavard-Perret

                I. Pré-visions
Il est de bon ton de faire comme si dans l’art photographique tout allait de soi et comme si les règles étaient parfaitement connues, admises, voire immuables. Il n’en demeure pas moins que dans toutes ses options – fortement enveloppées de technicité ou non – la photographie n’est pas un objet sans aspérités ni surprises et peut se prêter à toutes les manipulations. Ceux qui l’oublient la limitent souvent à une belle petite mécanique bien huilée, un jouet inutile à peine construit déjà brisé.
Eric Petr propose une appropriation qui tend à replacer l’épreuve photographique en ce qu’elle est : une langue que trop souvent on efface ou que d’une certaine manière on altère sous le prétexte qu’il s’agit là d’une activité ambiguë où divers champs se croisent. Force est de constater que beaucoup d’interventions photographiques repérables témoignent d’autres préoccupations que l’art lui-même et déplacent le champ esthétique vers d’autres : éthique, social, politique, etc. Mais les véritables marques du débordement et du franchissement de la photographie restent, comme Eric Petr le prouve, d’une bien autre nature.
L’aventure est esthétique : une langue s’y inscrit selon de nouveaux schèmes et circulations.


              II. Meta-morphoses
Eric Petr propose la transformation du médium par essence spéculaire dans une déterritorialisation qui tourne le dos aux archaïsmes premiers. La photographie acquiert un autre langage. Le « Esse Percipi » (être, c’est percevoir) de Spinoza est en quelque sorte brouillé. Sans pour autant que l’artiste accorde aux effets d’abstractions lumineuses une fonction transcendantale. Dans sa diaphanéité, les couleurs semblent en mouvement et comme pourvues d’un corps. L’avancée des techniques de l’image n’y est pas pour rien. La photographie n’est plus celle d’un monde perçu ou d’un sujet percevant, mais d’un rapport original entre les deux autant par la facture que l’ambition du projet.
La corporéité du monde comme la choséité de l’image sont transformées. Il faut renoncer à saisir « du paysage » envisagé comme une totalité dans l’ordre de la connaissance. De même, il convient de renoncer à croire chez le photographe à une métaphysique de la transparence. Face à l’illusion « réaliste », fidèle, objective, « naturelle » de la réalité, entretenue par la foi en un « Signifié transcendant » jaillit une autre dimension. A l’image de Diogène tournant le dos à la ville, le créateur semble tourner le dos au paysage pour mieux revenir à lui. Comme frappé par la foudre, il ressuscite en faisceaux lumineux comme rejaillissent les fantômes. L’être s’y efface, la nature se ramène à son rien.
En leurs ruissellements ou plutôt zébrures et glissements, les couleurs investissent sur fond noir les photographies d’Eric Petr. Le regard s’emplit de ce déversement de lueurs. Ce n’est pas la lumière banale du dehors mais son suspens filtré. C’est de la couleur habitée mais qui ne dit rien hors d’elle. C’est pourquoi il faut regarder de telles photographies dans le silence.


               III. Dialectiques
Ce qui est absent ou attendu est répandu par les couleurs que rehaussent par touches les lignes. Les couleurs les déplacent et les exaltent. Tout est là mais comme hors de prise. Alors est-ce vraiment donné si c’est hors de prise, est-ce hors de prise puisque c’est  donné ?
Par la couleur, l’absence se lève de partout. Elle en émane, elle est présente. Selon le renversement de la stratégie d’Eric Petr les couleurs « font » paradoxalement jaillir le noir : il n’est là que par elles qui le serrent de près si bien qu’il s’efface par celles qui autorisent sa présence. Dans cette dialectique tout se joue.
N’est-elle pas, au fond, celle de l’art en général ? C’est l’avancée vers l’extase la plus nue et excentrée faite de mouvements contraires qui s’épousent dans l’épreuve de la photographie qu’on définira comme sans « objet » si ce n’est qu’elle-même. Elle ne trouve rien à étreindre – comme il arrive ordinairement dans l’extase. Elle est saisie ou proie d’un saisissement mais ne sait rien elle-même.
D’où la béance qui retient. Elle ouvre la photographie. Voici donc l’élan pur, l’énergie issue du monde pour aller où ? Il n’y a pas de terme, pas d’issue, du monde ne reste que son départ. Sur la photographie, il change et se fait léger, en suspens de lui-même.
Dans une telle œuvre, le monde qui était un terme n’est plus qu’un départ. Ce dont, un jour (ou une nuit), on part. La photographie elle aussi en part, s’en détache. Mais pour nous rappeler à nous, à ce rien qui soit du monde – si ce n’est des lumières (pas des éclairages) à son sommet, à son extase. Nue comme un désert cette extase. Comme ses couleurs. On y brûle. On s’y consume.


                IV. Poésie pure
La photographie d’Eric Petr ne dévoile pas selon une narration idéologique. Elle ne répond pas à une sorte d’utilitarisme : s’il faut fournir notre société en images, le photographe ne s’en préoccupe pas.
Il ne fait pas dans le productivisme ; les masques et les miroirs complaisants. Il laisse à d’autres le monde désolé et convenu des praxis communicationnelles.
A l’inverse, Petr libère la photographie de formes anciennes et périmées sans oublier néanmoins que c’est au moyen de la part la plus primitive de son histoire que la photographie est devenue irremplaçable. Pour être « neuve », elle n’a pas forcément besoin de célébrer l’avènement du réel. Le nouveau formalisme par un retour à des formes « simples » le remplace. Par elles, l’extension de la photographie reste donc possible.
L’artiste crée donc une production d’actions supplémentaires au déjà-vu et partant des découvertes premières de la photographie en passant par les expérimentations abstraites dadaïstes sur le médium. Il crée un supplément de langage qui n’est plus le simple faire-valoir de la représentation.
Dans une telle œuvre, l’imagination n’est pas morte et aucun accident de l’Histoire ne peut en venir à bout. Elle n’est plus fourre-tout ou l’accumulation iconique mais son opposé radical entièrement programmé vers la recherche d’une sorte de poésie pure. La photographie est donc un objet qui change. Mais pas n’importe comment.
Elle ne se contente plus de répéter et de décliner du réel. Elle devient un néo constructivisme particulier : il crée le mouvement par l’image fixe. Preuve que la photographie est toujours à réinventer. Petr en pousse plus loin les flux, respirations, flottements par des suites nocturnes. Sous une apparente abstraction, la figuration n’est jamais absente. Mais cette présence filtre par un pas de côté, une présence intense mais décalée. Elle introduit de l’espace dans l’espace à la recherche d’un paysage inspiré qui ne se voit que dans un tintement plastique.
Exécutée froidement, chaque photographie recèle la puissance de l’agitation. Eric Petr y retient l’essence du vivant. Aux arêtes vives du réel l’artiste préfère des concavités plus subtiles. Là où semble trôner le chaos et l’irréel se concrétise une autre figuration dont la structure échappe en un devenir incessant par énergie et mouvements.


               V. Finir
La photographie est dégagée de tout ce qui n’est pas son langage pour mettre en grâce dans les pesanteurs par l’épreuve de la disjonction qui tient d’un soulèvement, d’une élévation. Il ne s’agit ni de colorer le monde, ni de raconter une histoire. Il faut au contraire aller vers des « déconstructions ». C’est pourquoi les chromatismes instaurent un rapport important. Tandis que la couleur garde une capacité d’ensemencement le noir permet, en devenant un portant intérieur, leur « coupe sombre ». Vidée de toute chair, l’image n’est pourtant pas que l’ombre d’elle-même, elle est réenchantée.
Et par ce chant mystérieux des formes en dissolution, Eric Petr ne suggérerait-il pas ce qui jaillissait des profondeurs de l’inconscient en un lapsus célèbre de Pierre Loti – « ma mère vient de m’ouvrir » – en lieu et place de « ma mère vient de mourir » ? L’Imaginaire ouvrirait donc à la rupture essentielle afin de faire rentrer l’abstraction dans le circuit du médium le plus réaliste. Il s’agit, à travers le noir, de faire jaillir les images les plus naïves et sourdes qui n’ajoutent rien, n’élargissent rien. Elles ne font que renvoyer à l’affolement dont elles sortent, comme le cri absurde à la douleur et à la joie.

© Jean-Paul Gavard-Perret


Texte issu du livre de photographies d’Éric Petr
« SPIRITUELLES ODYSSÉES » édité chez CORRIDOR ÉLÉPHANT
en série limitée 250 exemplaires, numéroté et signé

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